Gérard,
tu m'as demandé de dire quelques mots afin que tes petits enfants voire certaines personnes présentes connaissent un peu mieux ou découvrent le jeune homme que tu étais dans les années 70.
Pas facile toutefois de me limiter à quelques mots concernant cette période de ta vie, tellement riche d'événements au regard de ta soif de vivre à cent à l’heure, de ton énergie débordante et de ta volonté de ne pas être comme les autres… Oui, tu n’étais pas comme les autres.
Je vais m'y attacher non sans tristesse, non sans chagrin de nous avoir quittés après ce long combat que tu as engagé depuis près de 20 ans contre cette saloperie de maladie. Tes qualités physiques , physiologiques, ta nature hors du commun t'ont permis de repousser l'échéance le plus longtemps possible. Pour la science, tu étais un cas comme l'a dit le médecin de Neuville au regard de ton dossier médical.
Jusqu'à la fin tu n'auras pas pu passer incognito...
Et bien aujourd'hui, je vais parler de toi, du sportif comme j’aurais pu aussi parler de l’amoureux de la nature que tu étais.
Pour la première fois, je vais parler plus que toi.
Nous nous sommes rencontrés à la piscine Bezons il y a plus de 55 ans. Tu avais 26 ans j’en avais 19. Malgré des personnalités diamétralement opposées, le courant est passé de suite et une amitié est née.
Principal utilisateur du plongeoir, mes collègues de l’époque m'avaient fait remarquer que tu passais plus de temps sur la planche à faire des équilibres et des prises d’élan que dans le bassin à nager. Ils étaient mauvaises langues en disant que tu avais un côté "m'as-tu -vu " du séducteur aux origines italiennes avec ton corps musculeux dont la nature t’avait donné.
Force de constater que:
-Côté technique, tu étais un bon plongeur voire même kamikaze avec ces plongeons en partant des rochers de plus 10 m de hauteur.
-Côté séduction, tu savais user de ton charme auprès de la gent féminine qui a eu également son effet positif quelques années plus tard auprès d'une très jolie jeune fille brune, Mauricette, devenue ta femme avec laquelle tu as eue tes deux filles, Tatiana et Peggy...
Oui, tu étais une force de la nature dont je constate aujourd’hui qu’un de tes petits fils a hérité encore plus que les autres.
L'eau nous a fait connaître, l'eau nous a uni au travers différentes activités nautiques et subaquatiques.
Nous avons fait beaucoup d'heures de ski nautique où ton explosivité faisait merveille dans les sauts en mono-ski et les slaloms avec d’énormes gerbes d’eau. Comme d’hab, tu faisais le spectacle sachant que dans une vie antérieure tu avais dû être comédien…
Mais ce qui te distinguera particulièrement, c'est d’avoir fait du cerf-volant tracté derrière bateau sur l'Oise. Un engin de mort qui après quelques mois a été retiré des ventes au regard des accidents dont certains mortels.
C'était un danger absolu d'évoluer sur l'Oise à la limite des cimes des arbres et des fils électriques .... Toi, tu le faisais et cela te faisait rire. Tu avais besoin d'adrénaline disais tu... Tu avais le sens de la cascade comme BEBEL quand tu lui faisais référence..
Concernant la plongée sous-marine, tu as une nouvelle fois défier toutes les règles de sécurité et de physique en plongeant seul à près de 30 metres au large de Belle Île sur une épave, sur ton épave , parfois avec une mer formée sans personne de surveillance sur ton bateau de l’époque appelé « Gégé fou fou » et ne respectant pas la totalité des paliers. La totale de ce qu'il ne faut pas faire.
95% des plongeurs dont moi le premier aurait fait un accident de décompression. Eh bien, pas toi sachant qu'en plus, tu travaillais au fond pour récupérer des hublots que tu as donnés aujourd'hui à tes enfants et à tes petits enfants.
C'était pour toi au travers de cet objet symbolique, une transmission du souvenir de la plus grande importance. Un souvenir du grand père explorateur des mers,
casse cou au demeurant.
Enfin, je n'oublierais jamais cette plongée à plus de 75 mètres au large du Cap Croisette à Marseille où tu t'es éloigné de Richard et moi. La conséquence, c’est que nous avons été dans l'obligation de commencer notre remontée sans toi. Quelle peur, la plus grande peur de mon parcours de plongeur et de moniteur, que j'ai eue avant de voir tes bulles qui nous ont permis de te récupérer au palier de 9 mètres.
Bien évidemment, au regard de la mauvaise foi qui te caractérisait parfois, on peut même dire souvent en matière de sport. C’était de notre faute du fait de notre statut de moniteurs à Richard et moi...
Concernant les milliers de kilomètres de vélo de route et de VTT que nous avons faits ensemble avec nos amis cyclistes, peut être l'équivalent d'un tour du monde, nous garderons de toi le souvenir d'un bon rouleur puissant mais par contre qui n'aimait les côtes. Nous ne pourrons pas oublier non plus les avant sorties chaque dimanche dans la salle de musculation de la piscine notre lieu de rendez-vous et ton expression favorite , « saluts les gars . Ah vous vous êtes heureux » suivi de ton échauffement favori, cigare à la bouche éteint, réalisant une série de triceps debout avec une barre entre 60 et 80kg . Barre que nous avions du mal à soulever.
Lors de nos sorties, pour anticiper les montées, tu prenais de l'élan dans les descentes jusqu'au jour où tu avais, excuse moi, de le dire cette fois ci mal anticipé. Résultat un face à face avec une voiture, te causant un traumatisme crânien, une clavicule cassée et deux côtes fracturées.
Plus de 20 ans après, je garde le bruit de ta tête sans casque heurtant le macadam. Quelle peur encore, j’ai eue…
.
Une anecdote plus cocasse surtout pour les amis cyclistes, Gérard a un record qui sera difficile à battre. La montée du col de Marie Blanque, col mythique du Tour de France, pas la plus rapide mais la plus longue. Le col fait à peu près 10km, toi tu en fais au moins 14km sachant que tu es monté en réalisant des lacets sur toute la largeur de la route... Bien évidemment, tu diras quel’ on ne t'avait pas mis le bon développement...
Avec un ballon, tu étais adroit de tes mains. Tu ne pouvais pas passer inaperçu lors des jeux de plage d’abord avec moi et ensuite avec Tatiana adolescente et adulte, au travers tes roulades et tes plongeons pour récupérer un ballon , une balle ou un volant de badminton que l'on t'avait obligatoirement mal envoyé...
Avec mon regard de professionnel, sportivement tu étais doué, très doué. Avec du travail, tu aurais pu faire beaucoup de sports à bon niveau voire à haut niveau comme le rugby, la lutte et bien d’autres.
Pour ne pas être trop long, j'arrêterai là mes souvenirs sportifs.
Avant de conclure, je ne peux pas faire l’impasse de ne pas mentionner ta réussite professionnelle et sociale par ton intelligence, ton côté intuitif, ton sens du commerce et des affaires. Chapeau bas Monsieur Gérard pour cette belle réussite afin de donner à ta famille, à tes enfants et petits enfants ce que toi le fils d’ouvriers tu n’as pas eu … C’était pour toi une priorité absolue voire une obsession .
Tu faisais beaucoup pour attirer l'attention. Mais hormis ce trait de personnalité, tu avais ce quelque-chose que l'on appelle charisme au travers ta posture, ton sourire, tes mots , tes remarques qui ne laissaient personne insensible. On t'aimait de suite ou pas...
Nous, Maryse et moi, nos enfants, nos amis comme je pense toutes les personnes qui sont là et plus particulièrement ta famille, t'ont aimé... Tu étais une personne sur laquelle on pouvait compter, surtout dans le besoin…
Enfin, nous avons longuement échangé avec toi sur l'amour envers les tiens .Tu m'as dit maintes fois que tu aimais tes proches . Tu me disais « je les aime peut-être mal parfois mais je les aime.... »
Tu leur rediras pour conclure combien je les aimais.
Tu as pris beaucoup de place dans nos vies. Aujourd'hui, demain , après-demain et pour toujours, tu auras une grande place dans nos pensées. Sois certain que nous parlerons souvent de toi et ne t’oublierons jamais en continuant à rigoler des bons moments que nous avons passés avec toi, comme tu le souhaitais.
mais quand même tu fais chier de nous avoir quittés.